Vers une culture du vélo à Gatineau : le résumé

Article publié le 20 août 2020

Du 14 au 18 août, Action vélo Outaouais avait organisé un bel événement en deux volets dans le cadre de la programmation d’Option vélo. 

Dans un premier temps, nous offrions l’écoute du documentaire Why We Cycle, qui explore les bénéfices intangibles de la pratique du vélo aux Pays-Bas. Ensuite, nous discutions des enseignements du documentaire et des manières de créer une telle culture du vélo à Gatineau avec nos quatre panélistes : Marie-Soleil Cloutier, Benjamin Cool-Fergus, Catherine Craig-St-Louis et Cécile Lecoq. La discussion était animée par le président d’Action vélo Outaouais, Daniel Varin.

Nous avons d’abord demandé aux participants de nous écrire les éléments qui les avaient marqué dans Why We Cycle. Les commentaires ont afflué!

On remarquait à quel point la pratique du vélo est évidente et universelle. Prendre son vélo n’est pas un geste réfléchi, ça va de soi. Les gens de tous âges se déplacent à vélo, avec leurs vêtements de tous les jours, sans casque, à basse vitesse, sur des bicyclettes pratiques et confortables (omafiets).

Les nuées de cyclistes se croisent de façon fluide, sans besoin de feux de circulation, dans un ballet qui étourdit souvent les touristes! Ils interagissent entre eux, se regardent, évaluent leur vitesse, ralentissent ou accélèrent. Cette proximité et ces interactions quotidiennes créent une culture de confiance et une certaine cohésion sociale.

On notait d’ailleurs qu’aux Pays-Bas, le statut social est moins important. C’est une société égalitaire, où même l’élite gagne à montrer qu’elle se déplace à bicyclette comme tout le monde.

Grâce au vélo, les enfants gagnent rapidement en autonomie. Les adolescents néerlandais ont une grande liberté de mouvement et sont d’ailleurs parmi les plus heureux au monde!

On remarquait évidemment la qualité et la continuité des infrastructures cyclables. Les automobilistes traversent l’espace des cyclistes et des piétons plutôt que l’inverse.

On a d’ailleurs commencé la discussion en demandant à nos quatre panélistes si on devait considérer les aménagements cyclables comme la clé pour augmenter l’utilisation du vélo, ou simplement comme un élément parmi d’autres. Selon Catherine, les infrastructures jouent un grand rôle, mais le fait que les Néerlandais aient développé un réflexe, une certaine facilité à utiliser et entretenir une bicyclette contribue pour beaucoup. Marie-Soleil notait qu’on doit changer la façon dont on voit la mobilité. On cherche à déplacer des personnes et non des voitures, et on peut être optimiste car le virage est en train de se faire au Québec. 

Selon Benjamin, l’expression « culture du vélo » peut donner l’impression que c’est une fatalité. Or aux Pays-Bas, celle-ci a été acquise après des décennies d’efforts. Cécile souligne qu’on peut créer une culture du vélo. Les aménagements sont une condition sine qua non, mais ils doivent s’inscrire dans des politiques pour freiner l’augmentation du nombre et de la taille des voitures. Il faut mettre en place un écosystème complet où plusieurs acteurs poussent dans le même sens.

Même si beaucoup de villes européennes ont des formes urbaines plus favorables au transport actif, nos villes peuvent évoluer avec des projets de développement intercalaire comme ceux sur lesquels Catherine travaille. Benjamin mentionne qu’on pourrait s’inspirer de Rotterdam, une ville qui a été entièrement reconstruite à la nord-américaine après la guerre, mais où la part modale du vélo est élevée.

On a également demandé à quel point on devait opposer vélo et voiture. Benjamin pense qu’on devrait dire qu’on n’est pas contre les voitures mais contre la vitesse. Abaisser la limitation à 30 km/h dans les rues permet d’assurer la sécurité des piétons et des cyclistes à peu de frais. Selon Cécile, on ne s’oppose pas à la voiture, mais plutôt à la dépendance à l’automobile. Cela demande que certains puissent faire d’autres choix modaux, et ce qui ultimement permet de libérer les routes pour ceux qui doivent prendre leur voiture.

Marie-Soleil soutient qu’il faut changer la perception de la sécurité à vélo. Les parents voudraient pouvoir reconduire leurs enfants dans un tank jusqu’à leur pupitre, mais si on leur donnait le choix, les enfants préfèreraient aller à l’école à vélo. On devrait donc miser sur la sensibilisation dans les écoles primaires. Cela a fonctionné pour le recyclage, pourquoi pas pour le vélo!

Comment faire pour que la pratique du vélo soit plus inclusive? À Gatineau, on a encore des cyclistes qui sont majoritairement sportifs et qui vont au travail en vélo de route. Ce n’est pas nécessairement une image à laquelle les gens peuvent s’identifier. Dans les magasins, on manque de vélos de ville qui seraient plus adaptés aux déplacements du quotidien. On a besoin de voir plusieurs types de vélos, et les vélos électriques peuvent apporter cette diversité. Mais c’est aussi à nous cyclistes d’être accueillants sur les pistes cyclables.

On a conclu en encourageant les citoyens à écrire aux conseillers pour souligner les bonnes actions et à continuer à faire pression pour changer les choses. Les arguments de santé publique devraient recevoir une oreille attentive ces temps-ci pour faire avancer des projets de transport actif.

Écoutez la discussion :