Le vélo, petite reine du déconfinement

Article publié le 30 avril 2020

Des corridors sanitaires temporaires pour la distanciation sociale

Suite à l’annonce du gouvernement d’entamer un déconfinement graduel, il apparaît important de s’assurer que les gens seront en mesure de circuler vers les écoles, commerces et lieux de travail de façon sécuritaire, en respectant les mesures de distanciation physique prescrites par les autorités de santé publique.

Le transport en commun, déjà largement déserté par crainte de contamination, risque malheureusement de ne pas être une option et bon nombre d’utilisateurs devront se tourner vers une alternative individuelle, soit la marche, le vélo, ou l’automobile. Cependant, dans l’état actuel, le réseau routier ne permet pas de circuler à pied ou à vélo et de respecter les distances : les pistes et les trottoirs, déjà peu larges, sont bondés, et les cyclistes doivent rouler au centre de la rue pour simplement croiser un piéton à 2 mètres.

Si une partie des 25 000 Gatinois et plus utilisant le transport en commun (données du recensement de 2016 de Statistique Canada) se tournent vers l’auto-solo, nous connaîtrons des niveaux de circulation et de congestion jamais vus, avec les effets dévastateurs que l’on sait : hausse des émissions de gaz à effet de serre, diminution de la qualité de l’air, développement des maladies chroniques dues à la sédentarité, augmentation des collisions… Des risques qui viendraient aggraver les conséquences de la crise sanitaire actuelle en augmentant les complications et en encombrant le système de santé.

Afin de préparer le déconfinement et d’éviter ce scénario, plusieurs villes au Canada et dans le monde (Ottawa, Montréal, Drummondville, Calgary, Vancouver, Winnipeg, Bogota, Berlin, Oakland, New York, Lyon, Paris, Bruxelles, Milan…) se sont rapidement dotées de voies cyclables et marchables temporaires, allant jusqu’à fermer certains axes au trafic motorisé non résidentiel. À Montréal, pas moins de 27 artères seront dotées sous peu de corridors sanitaires.

Le vélo est un mode de transport abordable, aux bienfaits reconnus pour la santé physique et psychologique et facilement envisageable pour les deux tiers des Gatinois qui parcourent moins de 10 km pour se rendre au travail. Favoriser ce mode de transport efficace et sécuritaire en période de crise sanitaire permettra de réduire la congestion routière à venir et ouvrira la porte à son adoption définitive par plusieurs nouveaux utilisateurs, rendant enfin possible la vision Gatineau Ville Vélo.

Comme l’a exprimé Catherine Morency dans La Presse, « Nous avons une occasion incroyable de faire des gestes en faveur des transports actifs parce qu’en ce moment, ils s’imposent dans le contexte de la pandémie. »

Le moment est donc idéal, alors que les rues sont toujours désertées par les automobilistes, de mettre en place des corridors sanitaires et d’autres mesures en faveur du transport actif, pour ainsi récupérer l’espace non-utilisé par les automobilistes. Cette réallocation de l’espace public en faveur des cyclistes et piétons permettra aux citoyens de respecter la distanciation sociale. On sait que c’est lors des périodes de changement que l’on questionne ses habitudes. Agir maintenant permettra au plus grand nombre de faire les bons choix modaux dès le départ, en plus de profiter du début de la belle saison.

C’est également un bon moment pour devancer les projets d’infrastructures cyclables déjà prévus, par exemple le long des boulevards St-Joseph et Notre-Dame, en transformant dès maintenant, pendant les opérations de marquage printanier, l’espace de stationnement en voie cyclable délimitée, et tester ce type d’aménagement à d’autres endroits déjà identifiés dans le plan directeur du réseau cyclable. 

Il est facile de réserver des espaces aux piétons et cyclistes ou de restreindre des segments de rues à la circulation locale en utilisant les moyens peu coûteux de l’urbanisme dit « tactique » (peinture, cônes de construction, bollards, dos d’âne en plastique, clôtures de chantier de construction ou de festivals, mobilier urbain comme les jardinières de béton, etc.).

Voici donc quelques possibilités à envisager :

  • devancer la mise en place de pistes, voies et bande cyclables prévues au plan directeur vélo ;
  • élargir les trottoirs où des travaux sont prévus prochainement ;
  • installer des vélorues / rues piétonnes temporaires ;
  • éliminer des voies de stationnement au profit de la circulation cycliste ou piétonne ;
  • fermer des rues au trafic motorisé non résidentiel ;
  • protéger physiquement et/ou élargir les aménagements cyclables existants ;
  • installer des stationnements à vélo provisoires le long des tracés ;
  • rendre les feux piétons automatiques (ce qui éviterait les risques de contagion liés aux boutons poussoirs) ;
  • faire la promotion du vélo comme mode de déplacement.

Les aménagements temporaires proposés sur la carte qui suit favorisent les quartiers où la part modale de l’autobus est élevée, afin de fournir à ces usagers une alternative de transport viable et sécuritaire.