Déboulonner les idées reçues sur le vélo

Article publié le 20 mai 2019

Dans les dernières semaines, les actualités liées au réseau cyclable et aux rues conviviales ont donné lieu à un déferlement de préjugés sur le vélo dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Rétablissons les faits!

« Nos rues sont en mauvais état, la priorité devrait être leur réfection, pas les pistes cyclables. »

« On ne peut pas résoudre un problème
avec le même niveau de pensée que celui qui l’a créé. »
Albert Einstein

Depuis les années 1950, toutes les grandes villes nord-américaines ont investi des sommes faramineuses dans le développement d’infrastructures routières qui ont stimulé l’étalement urbain. On a donné toute la place à l’automobile, avec les conséquences que l’on connaît : congestion, pollution, sédentarité, maladies chroniques.

Toutes les villes du monde reconnaissent leurs erreurs et multiplient les initiatives pour rétablir un certain équilibre entre les modes de transport et améliorer la qualité de vie des résidents.

Bien sûr, le réseau routier a besoin d’être entretenu, et le besoin semble d’autant plus pressant que beaucoup de gens n’ont pas d’autre choix que de prendre leur auto. Mais si l’on veut construire une ville meilleure, il faut commencer à faire les choses autrement dès maintenant. Si l’on continue à ne pas donner d’autres options que l’auto à la population de Gatineau, qui est en forte croissance, il y aura de plus en plus de circulation sur les routes et de plus en plus de pression pour les élargir et en créer de nouvelles, et les coûts d’entretien du réseau routier augmenteront de façon exponentielle.

Le budget vélo est une petite fraction (moins de 5 %) des dépenses d’infrastructures de la Ville de Gatineau, soit une part similaire à la part modale du vélo. Mais de nombreuses études prouvent que les aménagements cyclables rapportent plus qu’ils ne coûtent. En décuplant l’utilisation du vélo, ils génèrent des bénéfices mesurables en termes de réduction de la congestion, de la pollution et des frais de santé.

« Les cyclistes n’utilisent pas les pistes cyclables. »

Actuellement, le réseau cyclable de Gatineau est surtout composé de magnifiques pistes récréatives, dont beaucoup sont partagées avec les piétons, et limitées à 20 km/h. C’est parfait pour la balade du dimanche en famille, mais pas toujours pour se rendre efficacement du point A au point B. Même si on veut les emprunter, comme elles sont éparses et pas nécessairement bien connectées, il faut bien prendre la route pour s’y rendre!

Comme tout le monde, les gens qui se déplacent en vélo préfèrent les trajets les plus courts et les plus directs, d’autant qu’ils font un effort un peu plus exigeant que de peser sur l’accélérateur…

En créant des aménagements sur rue, où chacun a sa place, on facilitera l’utilisation du vélo pour les déplacements utilitaires, et celui-ci deviendra une véritable alternative à la voiture.

« À Gatineau, les distances à parcourir sont trop longues pour pouvoir se déplacer vélo. »

Parmi les travailleurs de Gatineau qui se déplacent en voiture, 25 % parcourent moins de 5 km, et 31 % entre 5 et 10 km (données du recensement 2016). La moitié des navetteurs sont donc à moins de 30 minutes de vélo de leur travail et pourraient peut-être incorporer leur exercice quotidien dans leurs déplacements, si on leur proposait un itinéraire direct et sécuritaire. Sans parler des autres déplacements, pour aller à l’école, aux activités de loisirs, etc.

« Faites comme tout le monde, prenez la voiture. »

Vous êtes automobiliste? Alors votre intérêt est que le moins possible d’autres personnes prennent leur voiture. Eh oui, la voiture est le mode de transport le moins efficient. Plus de gens se déplacent en voiture, moins celle-ci devient pratique, car coincée dans la congestion. On peut déplacer environ 2 000 personnes par heure en auto dans une voie de circulation normale, mais 7 500 à vélo sur une piste cyclable (source : NACTO). C’est donc dans notre intérêt à tous que plus de personnes puissent choisir le vélo pour se déplacer.

D’ailleurs, selon le classement de l’application de navigation Waze, le pays où les automobilistes sont les plus heureux, ce sont les Pays-Bas, avec sa capitale mondiale du vélo Amsterdam, justement parce que la voiture n’est pas l’option privilégiée par la plupart des gens!

« Beaucoup de personnes ne peuvent pas faire du vélo. Pensez aux personnes âgées. »

Il y a aussi beaucoup de personnes qui ne peuvent pas conduire! Que ce soit pour des raisons d’âge, de santé, de capacités, de moyens financiers, on estime qu’au moins 30 % de la population ne peut se déplacer en voiture.

Crédit photo : Modacity, Twitter.

Pour plusieurs personnes qui ont des maladies dégénératives ou des douleurs chroniques, le vélo est plus confortable que la marche. Il permet d’aller plus vite et plus loin en faisant moins d’efforts. Il y a aussi des vélos adaptés pour presque tous les handicaps, comme les tricycles à manivelle. Les personnes qui se déplacent en fauteuil ou en triporteurs préfèrent souvent les pistes cyclables aux trottoirs et leurs nombreuses entrées charretières.

Par ailleurs, les vélos électriques connaissent le taux d’adoption le plus rapide de l’histoire des véhicules motorisés. Ils lèvent les obstacles à la pratique du vélo en permettant de faire de plus longs déplacements et de monter les côtes, tout en conservant les avantages de l’activité physique et en maintenant les gens en santé.

« Les cyclistes ne paient pas pour les routes. Les vélos devraient avoir des plaques d’immatriculation. »

La très grande majorité des personnes qui se déplacent à vélo possèdent une maison et une voiture. Ils paient donc des taxes comme tout le monde. Par contre, en prenant leur vélo plutôt que leur voiture pour la plupart de leurs déplacements, ils réduisent leurs impacts sur les routes et sur le système de santé.

Selon une étude récente, le transport automobile coûte 43 milliards de dollars par an aux Québécois. À cela s’ajoutent au moins 7,6 milliards de dollars, soit plus de 900 $ par habitant, pour couvrir les coûts des externalités de l’automobile (santé publique, sécurité routière, etc.). Peu importe son utilisation de la voiture, chaque famille de 4 personnes assume près de 7 000 $ par année en dépenses publiques pour le transport automobile au Québec. Les automobilistes n’assument qu’un tiers du coût des routes. Une grande partie est assumée collectivement.

Les déplacements effectués à vélo, quant à eux, rapportent davantage à la société qu’ils ne coûtent, puisqu’ils contribuent à diminuer les coûts liés à la congestion, à l’entretien des routes, à la pollution, ainsi que ceux du système de santé.  

Selon plusieurs études dont celles réalisées à à Ottawa et à Toronto, un système d’immatriculation pour les vélos coûterait plus cher à administrer qu’il ne rapporterait et ses effets dissuasifs sur la pratique du vélo, notamment chez les enfants et les adolescents, auraient des impacts négatifs importants.

« Presque personne n’utilise le vélo. »

Étant donné que Gatineau ne dispose pas encore d’un réseau complet, connecté, sécuritaire et convivial, la pratique du vélo est principalement réservée aux cyclistes “athlétiques et sans crainte”.

Source : Plan directeur du réseau cyclable, p 118.

Cependant, une étude de Roger Galler à Portland, citée dans le Plan directeur du réseau cyclable, démontre que 60 % de la population est intéressée mais hésitante. Ces personnes ont besoin d’aménagements de qualité pour considérer l’utilisation du vélo comme moyen de déplacement.

C’est pourquoi, ville après ville après ville, on voit que les nouvelles infrastructures cyclables génèrent une augmentation immédiate du nombre de déplacements à vélo.

C’est le cas dans des villes canadiennes comme Montréal ou Calgary. Gatineau ne fera pas exception.

« Personne ne fait du vélo l’hiver. »

Etant donné le manque d’entretien des aménagements cyclables, il est actuellement assez difficile de faire du vélo l’hiver à Gatineau. Cela demande des équipements particuliers, comme des pneus cloutés ou surdimensionnés.

Dire qu’il n’y a pas besoin d’entretenir les pistes cyclables parce que peu de personnes se déplace actuellement en vélo l’hiver, ce serait comme dire qu’il n’y a pas besoin de construire un pont parce que peu de personnes traversent la rivière à la nage.

Copenhague par -10°C sans le refroidissement éolien. Crédit photo : copenhagenvikingbiking.tumblr.com 

Dans les pays scandinaves, l’utilisation du vélo ne fléchit pas beaucoup en hiver. À Copenhague au Danemark, la part modale du vélo est de 30 % en hiver. En Suède, elle est de 50 % à Lund (autant qu’en été) et de 24 % à Umea (avec 130 jours de neige dans la saison). À Oulo en Finlande, le nombre de déplacements à vélo diminue de seulement 15 % les jours où il fait plus froid que -20°C.

C’est donc une question d’infrastructures et d’entretien, et non de météo.

À Montréal, bien que seulement 40 km de pistes cyclables soient déneigés, 13 % des cyclistes continuaient à se déplacer en vélo l’hiver en 2018.

À Gatineau, on voit déjà un certain engouement. Le groupe Facebook « Vélo d’hiver – Gatineau » compte à ce jour 230 membres qui s’échangent des conseils.

La Ville ira de l’avant l’hiver prochain avec un petit projet pilote au coût de 28 000 $, qui consistera à damer deux axes cruciaux entre les secteurs Gatineau et Hull, qui sont le lien manquant pour de nombreuses personnes. Cela permettra de mieux évaluer l’intérêt pour le vélo d’hiver.