Cyclistes et code de la route : pas si délinquants que ça

Article publié le 23 octobre 2019
Photo : Mikey G Ottawa/streets, Flickr

Des données récentes sur le nombre de contraventions données aux cyclistes à Gatineau (285) et Ottawa (180) en 2018 portent à se poser des questions : considérant qu’Ottawa compte beaucoup plus de cyclistes que Gatineau, cette disparité est surprenante. Les cyclistes sont-ils plus imprudents lorsqu’ils circulent à Gatineau qu’à Ottawa? Les policiers gatinois sont-ils plus zélés? Ou est-ce une question d’infrastructures?

En effet, contrairement à la croyance populaire, les études démontrent que les cyclistes commettent moins d’infractions que les automobilistes et qu’ils en commettent encore moins lorsque des aménagements cyclables sécuritaires et adaptés sont mis en place. 

Nous croyons que la police doit bien sûr s’assurer que le code de la route soit respecté par tous, mais que les comportements les plus dangereux pour les autres usagers de la route doivent être priorisés.

Voici les données du Service de police de la ville de Gatineau.

L’examen de ces données montre que le motif de contravention le plus fréquent est «équipement non-conforme», ce qui signifie par exemple ne pas avoir les 5 réflecteurs requis en plein jour. Bien qu’important, ce type

Photo : Jacques Lebleu, Flickr

d’infraction ne met pas les autres usagers en danger et pourrait faire l’objet d’une campagne de sensibilisation à l’automne, où l’on donne des lumières et réflecteurs aux gens, plutôt que de faire partie d’une campagne de contraventions!

Le 2e motif le plus fréquent est rouler sur le trottoir. Ceci n’est pas idéal, mais quand les cyclistes le font, c’est la plupart du temps pour assurer leur propre sécurité en l’absence d’aménagements adéquats.  De plus, rouler sur le trottoir n’est pas en soi dangereux pour les autres usagers, tout dépend de la vitesse. Les enfants sont d’ailleurs invités à le faire pour leur sécurité. 

Enfin, le 3e motif le plus fréquent de contravention en 2018 était de ne pas s’immobiliser à un panneau d’arrêt, ce qui peut aussi être vu comme une question de sécurité : l’arrêt complet fait perdre le momentum et passer plus de temps dans la zone de danger qu’est l’intersection, en plus de pénaliser davantage les automobilistes.

Photo : Flowizm … , Flickr

C’est donc plus logique et sécuritaire pour un cycliste de traiter l’arrêt comme un cédez-le-passage, ce qui est une revendication de longue date de Vélo Québec. Le fameux « stop Idaho » en vigueur dans cet état depuis 1982 a permis de réduire le nombre de collisions.  Malheureusement, le Québec n’a pas jugé bon de l’introduire dans sa révision du Code de la sécurité routière, malgré les recommandations de Vélo Québec.

Considérant qu’il n’y avait ni feux de circulation ni panneaux d’arrêt avant l’avènement de l’automobile, il n’est pas surprenant que les cyclistes fassent des accrocs à des règles qui n’ont pas été conçues pour eux. Aux Pays-Bas, on voit des intersections où des centaines de cyclistes se croisent en toute sécurité, sans aucune signalisation.

Dans un contexte d’urgence climatique, il devient nécessaire de favoriser le transport actif sécuritaire tant par les infrastructures appropriées que par des campagnes de sensibilisation aux comportements sécuritaires invitantes plus que prohibitives.